Brevet 64960 du 31 octobre 1864.

En France : Brevet n° 64960 du 31 octobre 1864
En Belgique : Brevet n° 16.957 du 29 octobre 1864 par le Sieur H. Biebuyck à Bruxelles

Mémoire descriptif déposé à l’appui de la demande d’un Brevet d’Invention de quinze ans pour des perfectionnements apportés aux armes à feu par Mr Lefaucheux (Eugène Gabriel) Fabricant d’Armes à Paris.

La présente demande de brevet pour laquelle nous revendiquons le privilège exclusif de fabrication consiste :
Dans l’invention de divers perfectionnements applicables aux armes (pistolets et carabines) dites revolvers, à canons doubles et à cylindre portant des charges multiples placées les unes au-dessus des autres, perfectionnements que nous jugeons très importants au point de vue industriel.
Il est certain qu’en aucun pays il ne se fabrique d’une manière régulière des armes de cette sorte ; nous pouvons même affirmer qu’en France, en Belgique, en Angleterre, et même en Amérique (berceau des armes à charges multiples) il n’y a aucune fabrique qui produise des armes comme celle pour laquelle nous formons la présente demande de brevet.
Confiant dans la nouveauté de notre découverte, à laquelle nous voulons donner la plus grande extension manufacturière, nous avons insisté pour établir qu’à nul endroit, on ne fabrique des armes dans le genre de la notre, et dans l’espérance qu’en mettant à jour cette invention, nous serions plus heureux que pour nos précédents perfectionnements qui ont été si largement imités malgré, et nous devrions dire à cause, des approbations unanimes de plusieurs gouvernements et du commerce.
Pour nous conformer à la loi, nous donnons ci-joint, le dessin d’une de ces armes, et particulièrement d’un cylindre, d’une culasse et d’un chien à double action, et représentant notre invention, laquelle est applicable à toutes espèces d’armes tournantes ou « revolver » se chargeant soit avec des cartouches à broches, soit avec des cartouches à percussion centrale, et s’appliquant aussi aux revolvers portant des cheminées sur chacun des coups à tirer ; on remarquera, par la construction de chien à double effet, et par la manière dont les rochets du cylindre sont taillés, qu’il ne peut jamais être tiré qu’un seul coup la foi, et que la rotation obéit à des dents ou rochets différents tant pour tirer les coups les plus rapprochés de l’axe du cylindre, que pour tirer ceux qui en sont les plus éloignés.
Dans les figures de notre dessin « A » est le cylindre tournant percé de deux rangées de trous superposés et de calibre différents « O » et « o », mais qui peuvent être aussi du même calibre.

Ce cylindre présente comme particularité la portée double qui résulte de l’irrégularité de ses surfaces d’arrière, car en effet la partie qui entoure les trous les plus rapprochés du centre est en saillie d’une certaine quantité sur la partie qui appartient aux trous éloignés.
Cette disposition permet de loger facilement les broches des cartouches centrales, sans qu’on soit obligé d’entailler la surface des trous extérieurs.
« B » est la culasse, percée en « b » pour laisser passer la deuxième tête du chien « C », qui fait enflammer les charges les plus rapprochées de l’axe du cylindre rotatif ; cette culasse, qui est également double puisqu’elle sert, comme telle à deux places différentes, est la contre-partie exacte de la face arrière du cylindre, c’est-à-dire qu’elle est creusée pour recevoir la partie saillante qui entoure les trous « o ».
La culasse peut être mobile aussi bien que fixe, et nous revendiquons comme notre propriété l’une ou l’autre de ses dispositions.
« D » sont les dents du rochet, qui détermine la rotation du cylindre « A » quand monte le mentonnet manœuvré par la détente, ou lorsqu’on arme le chien.
Lorsque les trous sont disposés comme le dessin l’indique, c’est-à-dire chevauchés, les douze premières charges partent d’abord puis, en faisant tourner le cylindre d’une quantité correspondante à l’écartement d’une dent du rochet les six autres charges les plus rapprochées du centre sont enflammées par la tête « c » du chien qui frappe sur les broches encastrées dans la partie saillante et arrière du cylindre « A ».

Pour une arme à vingt quatre coups par exemple, dont les trous seraient disposés suivant les mêmes axes, l’un au-dessous de l’autre, le rochet a vingt quatre dents, et les deux têtes du chien frappant alternativement, font enflammer une cartouche de la rangée extérieure et une cartouche de la rangée ou galerie centrale.
Nous, nous réservons de faire percuter les projectiles placés dans la deuxième galerie du cylindre « A », soit en tenant les broches des cartouches plus longues, pour ces dernières, soit en donnant une disposition au cylindre qui permette à la tête du chien d’y atteindre ; dans ce dernier mode, le chien n’aurait plus qu’une tête.

Paris, le 31 octobre 1864
Ppon LEFAUCHEUX
Me Jules Mathieu

CERTIFICAT D’ADDITION AU BREVET D’INVENTION DU 31 OCTOBRE 1864.

En France : N° 064960 Certificat d’addition du 3 février 1865
En Belgique : N° 17473 Certificat d’addition du 7 février 1865par le Sieur H. Biebuyck à Bruxelles.

A la date du 31 octobre 1864, nous avons pris un brevet pour divers perfectionnements que nous avons apportés aux armes à feu dites « revolver ».
Afin de bien préciser en quoi consistent ces perfectionnements, et de ne laisser subsister aucune incertitude sur leur valeur et de leur portée, nous désirons aujourd’hui compléter la description que nous en avons fournie et les explications que nous avons données à l’appui de cette description.
A cet effet, nous nous aiderons du dessin ci-joint, qui représente les différentes vues du revolver à double canon, à double rang de charges superposées et à mouvement continu, ainsi que le chien à deux têtes.
On sait que nous avons principalement pour but d’augmenter le nombre de charges que peut recevoir le cylindre sans donner à cette pièce, et par conséquence à l’arme toute entière, des dimensions exagérées et sans donner au mécanisme aucune complication nouvelle.
Dans les cylindres à une seule rangée circulaire, si l’on augmente le diamètre de la circonférence, pour pouvoir multiplier le nombre des charges, il en résulte au centre un espace libre plus ou moins considérable, que l’on peut bien évider de différentes façons, mais qui n’en est pas moins inutile pour l’arme, tandis que ses proportions ont été augmentées.
Nous avons cherché à profiter de cet espace perdu en y intercalant un nouveau rang de charges disposées suivant une seconde circonférence concentrique à la première et nous sommes attachés à tirer partie de ces deux rangs de charges :

  • sans déplacer l’axe de rotation du cylindre.
  • sans en changer le sens de rotation et sans nécessiter aucun mouvement, aucun arrêt, aucune manœuvre particulière entre le départ des charges disposées sur l’une ou l’autre circonférence ; enfin en n’employant qu’un seul modèle de cartouches.

Nous remplissons toutes conditions :
A : par l’emploi de deux canons superposés.
B : par une disposition du cylindre et de la coquille de recul qui fait fonction de culasse particulière, fixe à deux endroits différents.
C : par l’emploi d’un chien à deux têtes.

A : CANONS SUPERPSES : les deux canons correspondent chacun à un rang de charges : leurs emplois ne demandent de reste aucune explication.
B : CYLINDRE ET COQUILLE DE RECUL : le cylindre « A » est limité, du côté des canons par une seule face plane, comme d’habitude ; mais du côté de la culasse, la face du cylindre est composée de deux parties distinctes.
1° une partie plane « a », au centre, formant un cercle complet et embrassant toutes les charges de la rangée inférieure.
2° une partie annulaire « a’ », comprenant la rangée de charges extérieures et entourant la partie centrale, mais en retrait sur celle-ci de quelques millimètres ; il en résulte que les broches ou cheminées (suivant le système de revolvers) appartenant à chacune des deux rangées se trouvant dans plans différents, perpendiculaires à l’axe du cylindre, et que les trous de la rangée extérieure sont un peu moins longs que ceux de la rangée intérieure.
Cette nouvelle forme du cylindre combinée avec le chien double ou à deux têtes, constitue une innovation importante ; elle est applicable tant aux armes qui se chargent avec des cartouches à broche ou à percussion centrale, qu’a celles qui portent autant de cheminées que de coups.
Dans les armes qui se chargent avec des cartouches à broche, la coquille de recul, ou culasse fixe « B », porte au centre un évidement qui correspond à la partie saillante du cylindre, tandis que le bord extérieur correspond à la partie annulaire dont nous avons parlé, ; il en résulte donc qu’une seule culasse fixe sert de point d’appui pour toutes les charges et que la juxtaposition de la coquille avec le cylindre est complète dans toutes les positions.

PORTE : L’ouverture de la porte est suffisamment échancrée pour pouvoir charger les deux rangées ; à cet effet la porte présente dans son application contre le cylindre, la contrepartie exacte de celle-ci et se compose de deux parties : une partie évidée correspondant à la rangée intérieure et
A la partie plane que nous avons décrite au centre de la coquille de recul, et un bord renforcé correspondant à la rangée extérieure ou à la partie annulaire de la coquille.
La baguette de déchargement et d’arrêt « b », mobile autour d’une charnière « b’ », peut rencontrer les trous de chacune des deux rangées ; il est bien entendu que la porte peut s’ouvrir vers le bas ou vers le haut, être placée à droite ou à gauche, s’ouvrir par côté ou en arrière. Il en est de même pour la baguette qui peut être placée à droite ou à gauche.
C : CHIEN A DEUX TETES : Le chien « C » porte deux têtes fixes, superposées « c » et « c’ », qui agissent sur toutes les charges, directement et sans l’intermédiaire d’aucun ressort , ni marteau pour les charges intérieure du cylindre ; cet avantage résulte de la division en deux parties que nous avons décrite pour la face terminale du cylindre du côté de la culasse, disposition qui permet aux deux têtes de frapper alternativement les charges de chacune des deux rangées.
A cet effet, dans les armes à cartouches à broche, la tête supérieure c passe comme d’habitude par dessus le bord de la coquille pour percuter les charges de la rangée extérieure et la tête inférieure « c’ » vient porter sur les charges de la rangée intérieure à travers un trou « o » pratiqué dans la coquille et au-dessous de la partie qui sert de culasse au charges extérieures.
ARRET : La détente, qui commande le chien, donne aussi le mouvement à un arrêt à deux crans et à double effet « E », qui assure la fixité du cylindre dans toutes les positions ; l’un des crans « e » le maintient pour le départ des charges extérieures, et l’autre « e’ » pour celui des charges intérieures en agissant alternativement à droite et à gauche.
Nous revendiquons également l’application du chien à deux têtes à tous les revolvers qui portent des cheminées ou qui se chargent avec des cartouches à percussion centrale.
Ainsi se trouvent remplies toutes les conditions que nous nous étions posées. Une seule roue à rochet « D » portant autant de dents qu’il existe de coups, actionne le cylindre et l’on peut faire partir successivement toutes les charges, sans aucun arrêt ni interruption sans déplacer l’axe du cylindre ni celui des canons et sans changer le sens de rotation.
Ces perfectionnements s’appliques également aux fusils et carabines. Nous ferons observer aussi que le nombres de coups peut être augmenté ou diminué.

Paris, le 2 février 1865
Par procuration E. LEFAUCHEUX
Me Jules Mathieu

Publié par Eugène L.

La vie et la production des Lefaucheux père et fils durant la période 1802 - 1892.

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