Fusil hammerless signé Lefaucheux-Rieger.

Le fusil présenté ici est signé Henry Rieger et il est de type « hammerless », très probablement un système « Anson-Deeley », inventé et breveté en 1875 par William Anson et John Deeley.
Il s’agit de la première batterie « hammerless » (sans chiens extérieurs) dont l’armement est assuré par le basculement des canons.
En 1875, William Anson était contremaître et John Deeley directeur commercial chez Westley-Richards.

Principe de fonctionnement décrit selon le catalogue Lefaucheux de 1886 :

Depuis quelques années déjà nos amateurs de tir aux pigeons et quelques chasseurs se servent de fusils sans chien apparents dits « hammerless ». Le grand avantage de ce fusil consiste dans l’armement automatique et dans la simplicité de son mécanisme. L’armement des deux chiens intérieurs s’obtient par le mouvement de bascule du canon. La clé placée entre les chiens à pou mission de retirer le verrou des crochets du canon qui, n’étant plus maintenus, entrainent en basculant les pièces d’armement des noix formant chiens, jusqu’au moment où les gâchettes pénètrent dans les crans de noix et les maintiennent armés. On introduit alors les 2 cartouches, on ramène le canon sur la bascule et le fusil est prêt à faire feu.

Pour le démontage de l’arme, la procédure est identique mais il faut en plus appuyer sur une clé sous la longuesse. Celle-ci libère l’axe de rotation de la bascule et permet d’ôter les canons de l’axe.
Le mécanisme du fusil ne comporte pas la sécurité décrite dans la description du catalogue.

Le fusil de chasse ici présent a surement appartenu à un coffret double de luxe.
Le fusil présente sur sa clé d’ouverture, sur le canon et sur le dessous de la crosse le chiffre « 2 », alors ou est passé le « fusil 1 » ?
Les canons sont en damas signé Léopold Bernard
Un fusil de ce genre coûtait 1000 fr. or et plus à l’époque.

Marquages et poinçons :

Sur le dessus des canons est lisible « Maison Lefaucheux Henry Rieger Successeur, Rue Vivienne 37 Paris » et sur l’extrémité qui vient s’encastrer dans la culasse un « 2 ».

Sous les canons le poinçon « EP » de la ville de Paris, le poinçon « L.B » couronné de Léopold Bernard canonnier à Paris et un « R5 » dont j’ignore la signification.

Les flans de la bascule comportent l’inscription : « Maison Lefaucheux 37 rue Vivienne Paris.


Sur la clé de démontage, sur le dessous de la longuesse : Henry Rieger breveté 29 », c’est un numéro qu’on retrouve aussi sur la bascule ; « Lefaucheux breveté 1129 », c’est probablement le numéro de série de l’arme, ainsi que « Lefaucheux breveté 1885 » ce qui correspond surement à l’année de fabrication.

On retrouve sur la clé d’ouverture le numéro « 2 », ce même chiffre est aussi visible sous la crosse.

Sur le contour du pontet on trouve deux lettres en or « D et L », le « L » est en style floral et le « D » en style médiéval. L’incrustation a été faite en utilisant deux ors différents, le « L » devait avoir un alliage (cuivre ?) pour lui donner une légère teinte verdâtre. (source : Jean S.)


L’ensemble de la bascule, de la longuesse, de la culasse et la clé d’ouverture est finement gravé de feuilles, de fougère et de rosaces.


Le fusil est muni de son étui jambon avec les initiaux de propriétaire « LD » imprimé dans le cuir le recouvrent. L’intérieur est recouvert d’un velours violet avec, dans le couvercle, en lettres or : « Maison Lefaucheux, Henry Rieger Successeur, 37 rue Vivienne 37, Paris ».

Caractéristiques techniques :
Poids à vide : 2670 grammes.
Longueur totale : 1165 mm.
Longueur canons : 650 mm.
1ère détente-plaque : 335 mm.

Calibre : 17.2 mm, soit pour des cartouches de 16/65.
Crosse : type anglaise.

Qui est Henry Rieger :
Henry Rieger est l’associer de Jean-Pierre Laffiteau, gendre de Casimir Lefaucheux.
Laffiteau et Rieger déposeront ensemble deux brevets en mai 1874 et septembre 1878.

Les premières traces que j’ai trouvée de Louis Henri Rieger sont dans son dossier de la Légion d’Honneur (1862), sur une facture de 1867 et sur l’acte de décès de la femme de Pierre Laffiteau, Constance Casimire Lefaucheux le jeudi 17 juin 1869.
«Mariée à Pierre Adolphe Laffiteau, négociant, âgé de quarante et un ans »
« ….et de Louis Henri Rieger, négociant, âgé de vingt-huit ans, demeurant rue Vivienne 37 »
Je pense que l’adresse du 37 rue Vivienne n’est pas exacte, puisque jusqu’en 1876, les « Rieger » sont domiciliés au 35 de la même rue.

Henry Rieger est né le 25 février 1841 à Galluis près de Houdan dans les Yvelines, de Jacques Rieger (Coutelier) et de Zoé Viron.
Il épouse Juliette Laure Emilie Douville, le 29 (mois illisible) 1870 à Péronne.
Juliette est née le 2 Juillet 1851 à Péronne dans la Somme, fille d’Henri Emmanuel Douville et de Catherine Victorine Dormy.
Juliette décède le 30 août 1898 à Paris, 37 rue Vivienne.

Ensemble ils auront 4 enfants :
• Le 16 mars 1871, Alfred Emmanuel
• Le 15 juin 1873, Gaston Victor
• Le 3 janvier 1876, Jenny Sophie
• Le 21 octobre 1878, Berthe Lucie, elle meurt quelques jours après sa naissance, le 11 novembre 1878, à Eterpigny dans la Somme chez la nourrisse.

Selon les propres déclarations d’Henry Rieger (dossier Légion d’Honneur), il est dès 1862, directeur de la Maison Lefaucheux, ce qui voudrait dire qu’il l’est du vivant de Madame veuve Casimir (décédée en 1863) et associé jusqu’en 1878 à Pierre Laffiteau.
Il devient ensuite propriétaire entier et signera ses armes « Maison Lefaucheux, Henri Rieger successeur ».
Henry perd son œil droit en 1866 en manipulant un fusil Chassepot.
Notable commerçant depuis 1880, il est aussi expert armurier auprès des tribunaux
Chevalier de la Légion d’Honneur le 29 décembre 1882, il est promu Officier le 20 octobre 1911. A cette époque, il est toujours propriétaire de la Maison Lefaucheux qui est devenue ;
« Arquebuserie Française »
« Etablissement Réunis »
« Maison de l’Inventeur Lefaucheux, Beringer, Rochatte, Bertin-Jouriche et Nouvelle »
« Henry Rieger successeur ».
Henry Rieger décède le 17 février 1913 à son domicile du 37 rue Vivienne à Paris, à l’âge de 71 ans et sera enterré au cimetière du Père-Lachaise
Une facture à entête datée du 25 juillet 1914 atteste que la « Maison Lefaucheux – Rieger successeur », ainsi que la « Maison E. Lefaucheux- Chevalier et Dru successeurs » étaient passées entre les mains de la maison « C. Modé ».

Sources :
Archives de l’auteur.
Archives de Paris.
Archives de Péronne (80)
Archives de la Légion d’Honneur
Archives privées de la Famille Lefaucheux.
Le Qui est Qui de l’arme en France de Pierre Jarlier, éditions du Portail.
Lexique onomastique …. De Jean Claude Mournetas, éditions du Pécari.
Le net

© et ® Lefaucheux, Juillet 2021.

Publié par Eugène L.

La vie et la production des Lefaucheux père et fils durant la période 1802 - 1892.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :